Ma vie de penderie

Relance, un père et gagne ?

Voici ma maîtresse partie pour l’école privée des enfants. Elle suit son chemin habituel. Je ne sais pas trop ce que je fais là. Il fait déjà si chaud que mon mohair frise au fond de son sac. Elle passe d’un trottoir à un autre dans un rituel qui lui est propre. La princesse aux pieds nus a depuis longtemps cessé de lui faire remarquer que la route choisie par ses soins était tout sauf la plus directe. Ma maîtresse sourit. Elle ne peut se rendre en centre-ville sans passer dans une rue bordée de lavande qui mène ensuite à une drôle de papeterie avant de faire un détour pour littéralement lécher la vitrine d’un libraire qui a pignon sur rue. De là, elle s’élance sur une jolie place et salue, discrètement ou non, l’une des plus belles gargouilles qu’elle a eu le loisir de voir en Europe. Plutôt que de traverser complètement la place, elle refait un petit détour pour s’imprégner de la déco de la boutique de danse classique qui vend des tutus incroyables dans lesquels son fessier ne rentre plus depuis ses 12 ans. Qu’à cela ne tienne, nous avons droit à quelques pas et conseils proférés à ses filles à même le pavé. Aucune, bien sûr, ne l’écoute car l’heure tourne et s’il y a bien une chose que ces petites demoiselles ont dû apprendre à faire très tôt par elles-mêmes, c’est lire l’heure. Une fois le cours de danse terminé, ma maîtresse complimente les passantes sur l’originalité de leurs sacs à main ou l’irisé de leurs jupes. Elle a toujours un bon mot qui n’est pas du goût de la grande aiguille de la montre de sa fille aînée. Elle contourne Monoprix, traverse la place du marché en pleine installation comme si elle voulait en découdre avec les tomates et les artichauts et se souvient enfin du but premier de sa sortie. « Allez, les filles. Il est temps, voyons ! Courez un peu ! »

Aujourd’hui, son sprint l’amène à la grande porte, celle réservée aux occasions et à l’administration. La secrétaire la gratifie d’un joli sourire. Sourire qui s’efface comme une tache de vin dans une publicité télévisuelle après avoir vu la relance. Il y a déjà quelqu’un dans le bureau mais ma maîtresse n’en a cure. Elle entre, brandit son chéquier et déclare « Puisque je ne travaille pas en ce moment, je vais momentanément désinscrire mes filles de la garderie. » Ce à quoi la secrétaire répond qu’il ne reste que 9 après-midi de classe et que l’école ne fera pas de ristourne sur cette période. Mademoiselle rosit. Le personnage qui était déjà présent à notre arrivée tourne la tête de côté et lui sourit. Mademoiselle rougit. Du fond de mon cabas, je ne le vois pas très bien mais j’entraperçois une silhouette musclée, moulée dans un jean coupé et un t-shirt blanc. Le visage est atypique, animal mais bienveillant.

– Vous êtes la maman de Violette ?

– Oui.

– Ma fille m’a parlé de la vôtre.

– Ah, votre…

– Delva. Nos filles sont à côté en classe.

La secrétaire tamponne le chèque de ma maîtresse. Si cette dernière vient de s’alléger de quelques centaines d’euros, je suis prêt à parier que ce n’est rien comparé aux quelques dizaines de kilos dont elle souhaiterait pouvoir s’alléger, là, tout de suite.

 

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