Dans les penderies voisines

Nos habits les mots… Nathalie Rykiel

Ah les mots et nous autres vêtements ! La lumière ce matin était si crue en la penderie que j’en ai profité pour terminer ma lecture de Ecoute-moi bien (paru chez Stock) dont je vous livre un extrait qui fait encore écho en mes mailles.

« Nos habits les mots… On s’habillait de mots, Il y avait toujours un dictionnaire, des bouquins, des livres d’art, qui côtoyaient les épingles et le mètre de couturière dans le studio.

(…)

On voulait tout nommer, c’était une maladie, la maladie d’amour des mots. On les adorait, on s’en toquait, on les usait comme on use un tissu. Les couleurs on les baptisait, elles s’appelaient Sienne, Hortensia, Désert, Pas sage. (…) Il y avait les mots des livres en vitrine, les citations électroniques sur les marches de l’escalier de la boutique, Et mes fesses, tu les aimes mes fesses, et puis des poèmes des soupirs des rires des paroles dans les bandes-son des collections, jusque dans les coulisses je suspendais des panneaux pailletés constellés d’injonctions rigolotes pour les mannequins Smile, you are beautiful when you smile ! J’ai même demandé aux mannequins de parler pendant un défilé. Pourquoi se taire ? »

Pourquoi se taire, en effet, quand, d’étoffe ou de chair, on a tant d’émotions à exprimer ?

Dans les penderies voisines

Sainte colère

Lu ce matin dans la presse

« La colère est une émotion, mais c’est aussi le fruit d’une pensée (…) La colère, portée par un individu ou par un groupe vient le plus souvent d’un sentiment de déception ou de trahison. Et de ce point de vue, elle est saine et sainte. Elle exprime un élan vital, un éros, qui sort les sujets de la déréliction, de la morbidité. On est du côté de la vie beaucoup plus que de la mort. La colère est un moyen d’échapper à la mélancolie. »

Entretien avec Anne Dufourmantelle, auteur de la Puissance de la douceur (Payot et Rivages) – Libération, Mardi 16 mai 2017