Joutes vestimentaires·Mon corps, mon ennemi ?

Une vision alarmante

Une vision alarmante

Elle sue, c’est effrayant. Niagara n’est plus un ancien duo mais le chant de son corps qui exprime sa douleur en pleurant de sueur. L’amie la plus intime de ma transpirante maîtresse est passée hier. Elle lui a dit « que fais-tu ? » (il faut comprendre que les mouvements de ma propriétaire ne permettaient pas immédiatement de deviner la discipline à laquelle elle s’était attaquée). Ma maîtresse a répondu, essoufflée mais déterminée au centre d’un cerceau, « je vise le beau ».

Pour ça, elle a visé haut. Les hanches. Sa zone de confort. Celle qui apprécie le plus se frotter aux accoudoirs du canapé. Le problème de ma maîtresse, c’est qu’elle a beau avoir des visions d’elle et d’un homme au corps parfait, elle ne sait pas viser. Son premier compagnon était un jeune champion de snooker, il sait de quoi je cause. Le seul exploit de visée qu’elle a réussi à accomplir, c’est le jour où elle a lancé de rage un rocher Suchard en direction du mur du salon. Avant d’atteindre le mur du salon, il a rencontré un obstacle de taille, le nez du dit-compagnon alors qu’il faisait les cent pas dans la pièce voisine.

Pour l’heure, laissons la suer dans l’espoir que ce personnage athlétique la remarque à la rentrée.

Joutes vestimentaires·Ma vie de penderie

Du juste milieu

Dans la boite aux lettres, ce matin, une relance.

La garderie de l’école des petits n’a pas été payée ce trimestre.

Quelle idée de les avoir mis dans une école privée ! Quitte à choisir, j’aurais préféré que mademoiselle investisse dans un dressing digne de ce nom. De meilleures conditions de rangement nous permettraient à terme, à nous textiles, de mieux nous orienter et d’assurer un avenir plus brillant à sa silhouette. Mais enfin, on ne choisit pas toujours et Monsieur a été catégorique. L’avenir de ses enfants était hautement plus important que celui de ses vêtements.

Personnellement, je pense qu’une femme doit toujours épouser un homme de son milieu. Ne serait-ce que pour être certain que les garde-robes seront toujours traitées avec le même égard par les deux parties. Le truc, avec mademoiselle, c’est que le juste milieu est difficile à trouver. Parle-t-on de milieu social, moral, intellectuel, sexuel… ? Parce que ma maîtresse, elle, peut se taper des saucisses/frites en regardant le lac des cygnes,  ne badine jamais avec le yoga mais éclate de rire dès qu’il faut méditer, considère que le dimanche matin est fait pour courir dans les bois et non s’agglutiner sur des bancs froids dans une église… à moins que l’envie de sauter sauvagement sur son cher et tendre la retienne à la maison tant que lui ne prononce pas un seul gros mot. Elle n’est ni de droite, ni de gauche, ma maîtresse, et considère le centre comme une zone plus floue que le triangle des Bermudes. Bien que dotée d’un quotient intellectuel généreux, elle a manqué de passer son baccalauréat en candidat libre tant elle venait peu en cours mais bassine ses enfants avec l’importance d’être constant dans son travail scolaire. Du coup, comment espérer qu’elle trouve l’homme juste si elle n’a pas de milieu ? J’entretiens mes fibres au cas où mais je crois qu’il serait plus sage de ne jamais relancer notre propriétaire sur le marché de l’amour.

Dans notre valise·Joutes vestimentaires

Plume chérie

« Je t’ai toujours dit que ton métier n’était pas adapté à la vie de famille. C’est trop risqué de vivre de ta plume avec trois enfants. »

« Oui mais c’est ce que je sais faire. Dans le bien comme dans le mal, tout ce qui fait mon caractère est utile dans mon travail. Et j’aime ce travail. Il me permet d’être pleinement moi. »

« Oui, et bien il va te falloir atterrir et être un peu moins toi si tu veux devenir indépendante, ma chérie. »

Joutes vestimentaires·Ma vie de penderie

Sous le même toit

La princesse aux pieds nus est malade. Son nez coule, son front brûle, ses jambes tremblent. Elle vient de me déposer sur le lit de sa mère comme si je ne m’étais qu’égaré en sa chambre de rose colorée. Cela va m’épargner quelques vilains jets de glaires et autres éclaboussures de morve.

Je ne m’en tire pas trop mal, n’est-ce pas ?

Avec un peu de chance, mademoiselle me jettera en haut du placard avec le reste des vêtements à trier. Depuis qu’elle et monsieur ont entamé leur procédure de divorce, ils habitent à nouveau sous le même toit. Cherchez l’erreur… Une histoire de finances, qu’ils disent. De crédit, de banque… L’un des voisins est dans la même situation. Avec son accent russe inimitable, il appelle cela « le divoorce du paauvre ». En attendant que leurs avocats viennent à bout de la paperasse, ce sont nos mailles qu’ils poussent à bout, nous jetant par-ci, par-là. Pourquoi ranger dans la contrainte, semblent dire leurs gestes, alors que bientôt ils pourront déranger par leur indépendance retrouvée ?

En attendant, je m’en vais faire connaissance avec le nouveau combishort de mademoiselle.

Mes amitiés à vos garde-robes !

Joutes vestimentaires·Les lettres de mon mohair

Une seconde vie ?

La mite ! Je hais cette fille ! Tandis que je fais maille de compatir à son divorce (qui, au passage, va passablement diminuer la qualité de mes soins en cette demeure), que je lui laisse un peu de place dans ce journal, que  je m’étire pour couvrir ses fesses quand elle passe trop près d’un homme alléchant, que je me range seul tous les soirs dans la plus grande discrétion, que je m’efforce de ne plus bailler depuis qu’elle se plaint de la chute de ses seins, elle me trahit comme l’ingrate ronge-laine qu’elle fut jadis. Parfaitement ! Vous avez bien lu ! Vous dîtes ? Oui, elle trie sa garde-robe pour savoir desquelles de nos mailles elle va également divorcer. Vous pouvez répéter ? Non, elle ne m’a pas jeté, cette fois. Elle a décidé de m’offrir un sort autrement plus pervers. Elle m’a confié aux bons soins de la princesse aux pieds nus qui découpe pulls et chaussettes esseulées pour confectionner des couvertures pour poupées.

Joutes vestimentaires

L’audace en bandoulière

Les petites mains de la maison Macron ont préparé une nouvelle collection de projets pour la France en un temps record. Auraient-elles été formées chez Karl Lagerfeld que nous n’en aurions pas été surpris.
On n’avait tort de ne plus croire en ce pays même si beaucoup ne se sont pas vêtus le dimanche 7 mai pour aller voter. La tendance de ce printemps ? On remet les vieux costumes politiques au placard, on rend ceux qu’on n’a pas payés. Le bleu marine, ne s’alliant pas bien avec la couleur de l’espoir, peut, tout au plus, être porté avec du noir durant les cinq prochaines années. A une bonne vieille veste en haine, on préférera, ce printemps, la chemise blanche, voire la rayure banquier, même si le climat est incertain. L’espoir se portera dans un esprit très casual, en bandoulière ou à portée de main, dans un sac Bibi. On osera mélanger les motifs et ne pas faire dans la dentelle. Face à la montée des chaleurs, on choisira de retrousser ses manches plutôt que de retourner sa veste. En cas de mauvais temps, le pardessus en cachemire sera, semble-t-il, un incontournable de ces cinq prochains printemps.
Reste à savoir si les grandes maisons suivront ce modèle ou continueront à puiser dans leurs anciennes collections des modèles qui ont cessé d’inspirer.