Ma vie de penderie·Mon corps, mon ennemi ?

Elle va enfin aimer l’école

Depuis que ma maîtresse s’est retrouvée sans article à rédiger, elle a découvert les us et coutumes de l’école aux heures de grande affluence. Ainsi, à 16h, lundi dernier, elle a dû récupérer la princesse au nez crotté et la princesse aux pieds nus à deux endroits différents. Le premier soir, n’ayant pas le don d’ubiquité, elle a opté pour la maternelle en premier. Quelle ne fut pas sa surprise quand elle est tombée nez à nez avec le beau papa rencontré dans le bureau de la secrétaire. Le destin a voulu que la princesse au nez crotté soit dans la même classe que le fils de monsieur.

Ma maîtresse, rose et échevelée selon les propos rapportés par son combishort, lui a demandé comment récupérer deux enfants à deux endroits différents en même temps. Le bel homme lui aurait répondu qu’il n’en savait pas plus qu’elle.

Comme j’ai la maille fine, je suppose qu’il n’est pas plus habitué qu’elle aux règles de l’établissement.

Amusant comme soudain elle trouve sa condition de femme pauvre bien plus douce…

… et comme elle se découvre un appétit grandissant pour le fitness en ligne.

 

Photo extraite du compte Instagram des Culottes

Ma vie de penderie

Relance, un père et gagne ?

Voici ma maîtresse partie pour l’école privée des enfants. Elle suit son chemin habituel. Je ne sais pas trop ce que je fais là. Il fait déjà si chaud que mon mohair frise au fond de son sac. Elle passe d’un trottoir à un autre dans un rituel qui lui est propre. La princesse aux pieds nus a depuis longtemps cessé de lui faire remarquer que la route choisie par ses soins était tout sauf la plus directe. Ma maîtresse sourit. Elle ne peut se rendre en centre-ville sans passer dans une rue bordée de lavande qui mène ensuite à une drôle de papeterie avant de faire un détour pour littéralement lécher la vitrine d’un libraire qui a pignon sur rue. De là, elle s’élance sur une jolie place et salue, discrètement ou non, l’une des plus belles gargouilles qu’elle a eu le loisir de voir en Europe. Plutôt que de traverser complètement la place, elle refait un petit détour pour s’imprégner de la déco de la boutique de danse classique qui vend des tutus incroyables dans lesquels son fessier ne rentre plus depuis ses 12 ans. Qu’à cela ne tienne, nous avons droit à quelques pas et conseils proférés à ses filles à même le pavé. Aucune, bien sûr, ne l’écoute car l’heure tourne et s’il y a bien une chose que ces petites demoiselles ont dû apprendre à faire très tôt par elles-mêmes, c’est lire l’heure. Une fois le cours de danse terminé, ma maîtresse complimente les passantes sur l’originalité de leurs sacs à main ou l’irisé de leurs jupes. Elle a toujours un bon mot qui n’est pas du goût de la grande aiguille de la montre de sa fille aînée. Elle contourne Monoprix, traverse la place du marché en pleine installation comme si elle voulait en découdre avec les tomates et les artichauts et se souvient enfin du but premier de sa sortie. « Allez, les filles. Il est temps, voyons ! Courez un peu ! »

Aujourd’hui, son sprint l’amène à la grande porte, celle réservée aux occasions et à l’administration. La secrétaire la gratifie d’un joli sourire. Sourire qui s’efface comme une tache de vin dans une publicité télévisuelle après avoir vu la relance. Il y a déjà quelqu’un dans le bureau mais ma maîtresse n’en a cure. Elle entre, brandit son chéquier et déclare « Puisque je ne travaille pas en ce moment, je vais momentanément désinscrire mes filles de la garderie. » Ce à quoi la secrétaire répond qu’il ne reste que 9 après-midi de classe et que l’école ne fera pas de ristourne sur cette période. Mademoiselle rosit. Le personnage qui était déjà présent à notre arrivée tourne la tête de côté et lui sourit. Mademoiselle rougit. Du fond de mon cabas, je ne le vois pas très bien mais j’entraperçois une silhouette musclée, moulée dans un jean coupé et un t-shirt blanc. Le visage est atypique, animal mais bienveillant.

– Vous êtes la maman de Violette ?

– Oui.

– Ma fille m’a parlé de la vôtre.

– Ah, votre…

– Delva. Nos filles sont à côté en classe.

La secrétaire tamponne le chèque de ma maîtresse. Si cette dernière vient de s’alléger de quelques centaines d’euros, je suis prêt à parier que ce n’est rien comparé aux quelques dizaines de kilos dont elle souhaiterait pouvoir s’alléger, là, tout de suite.

 

PS: T-shirt trouvé sur Amazon

Joutes vestimentaires·Ma vie de penderie

Du juste milieu

Dans la boite aux lettres, ce matin, une relance.

La garderie de l’école des petits n’a pas été payée ce trimestre.

Quelle idée de les avoir mis dans une école privée ! Quitte à choisir, j’aurais préféré que mademoiselle investisse dans un dressing digne de ce nom. De meilleures conditions de rangement nous permettraient à terme, à nous textiles, de mieux nous orienter et d’assurer un avenir plus brillant à sa silhouette. Mais enfin, on ne choisit pas toujours et Monsieur a été catégorique. L’avenir de ses enfants était hautement plus important que celui de ses vêtements.

Personnellement, je pense qu’une femme doit toujours épouser un homme de son milieu. Ne serait-ce que pour être certain que les garde-robes seront toujours traitées avec le même égard par les deux parties. Le truc, avec mademoiselle, c’est que le juste milieu est difficile à trouver. Parle-t-on de milieu social, moral, intellectuel, sexuel… ? Parce que ma maîtresse, elle, peut se taper des saucisses/frites en regardant le lac des cygnes,  ne badine jamais avec le yoga mais éclate de rire dès qu’il faut méditer, considère que le dimanche matin est fait pour courir dans les bois et non s’agglutiner sur des bancs froids dans une église… à moins que l’envie de sauter sauvagement sur son cher et tendre la retienne à la maison tant que lui ne prononce pas un seul gros mot. Elle n’est ni de droite, ni de gauche, ma maîtresse, et considère le centre comme une zone plus floue que le triangle des Bermudes. Bien que dotée d’un quotient intellectuel généreux, elle a manqué de passer son baccalauréat en candidat libre tant elle venait peu en cours mais bassine ses enfants avec l’importance d’être constant dans son travail scolaire. Du coup, comment espérer qu’elle trouve l’homme juste si elle n’a pas de milieu ? J’entretiens mes fibres au cas où mais je crois qu’il serait plus sage de ne jamais relancer notre propriétaire sur le marché de l’amour.

Dans notre valise·Ma vie de penderie

Les plaisirs régressifs du combishort

Le combishort frétille. Il se voit déjà en haut de l’affiche. Personne ne va oser le contredire. Pour l’instant, mademoiselle parle de le porter tout le temps et d’acheter d’autres combis. Sur ses jambes, elle met une crème nacrée qui fait la peau douce, halée et scintillante. Rien que pour lui ! Et moi, à quoi ai-je droit ? Se parfume-t-elle avant de m’enfiler ? Se tartine-t-elle le buste de baume pour adoucir notre contact ? Pensez-vous ! La seule chose que ce combi et moi avons en commun est le prix. Nous sommes des vêtements considérés comme « abordables ». Nos marques sont peu prestigieuses. je viens de Monoprix, il sort de chez Jennyfer. Mademoiselle a eu beau écrire sur la couture et le prêt-à-porter durant quelques années, elle ne tombe réellement en amour que pour des vêtements pas chers. Un petit détail, une couleur… et nous voici dans son coeur, à nourrir son imagination. Je la vois dans son combishort à perfectionner certaines postures de yoga pour mieux observer ses fesses. Il a réussi un exploit que je n’ai pas renouvelé ces dernières années: il a réveillé en elle la petite fille idolâtrant Punky Brewster et la jeune fille romantique qui se pâmait encore récemment devant un épisode d’Orgueil et Préjugés.

Mon mohair a vraiment du Darcy à se faire…

Dans notre valise·Les chroniques de mademoiselle·Ma vie de penderie

London Bridge

London Bridge will not fall down!

Cet été, mademoiselle nous a emmenés travailler à Londres, comme il le lui arrive parfois. J’ai essuyé la pluie sur ce pont début août sans me douter que quelques mois plus tard les mailles d’autres passants y essuieraient larmes et sang. Aujourd’hui, j’ai la maille serrée et le désir d’en découdre avec l’injustice qui frappe nos pays mais je me sens terriblement impuissant, si petit face aux évènements.

I see no bravery in these attacks.

 

Joutes vestimentaires·Ma vie de penderie

Sous le même toit

La princesse aux pieds nus est malade. Son nez coule, son front brûle, ses jambes tremblent. Elle vient de me déposer sur le lit de sa mère comme si je ne m’étais qu’égaré en sa chambre de rose colorée. Cela va m’épargner quelques vilains jets de glaires et autres éclaboussures de morve.

Je ne m’en tire pas trop mal, n’est-ce pas ?

Avec un peu de chance, mademoiselle me jettera en haut du placard avec le reste des vêtements à trier. Depuis qu’elle et monsieur ont entamé leur procédure de divorce, ils habitent à nouveau sous le même toit. Cherchez l’erreur… Une histoire de finances, qu’ils disent. De crédit, de banque… L’un des voisins est dans la même situation. Avec son accent russe inimitable, il appelle cela « le divoorce du paauvre ». En attendant que leurs avocats viennent à bout de la paperasse, ce sont nos mailles qu’ils poussent à bout, nous jetant par-ci, par-là. Pourquoi ranger dans la contrainte, semblent dire leurs gestes, alors que bientôt ils pourront déranger par leur indépendance retrouvée ?

En attendant, je m’en vais faire connaissance avec le nouveau combishort de mademoiselle.

Mes amitiés à vos garde-robes !

Ma vie de penderie

Il n’y a pas de hasard

Chers lecteurs, veuillez, je vous prie, excuser ce silence.

J’ai passé ces dernières nuits sur le corps d’Annie, 36cm. C’est plus reposant que de couvrir une vraie femme durant son sommeil mais les jouets sont quelque peu impersonnels. Et puis, un jouet, ça ne rêve pas. Ou si peu. Ca manque terriblement d’inspiration, un jouet. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on a inventé les enfants. Sans eux, les jouets ne sauraient pas quoi faire de leurs journées. Les yeux d’Annie me glacent. Ils restent ouverts toute la nuit. Son air est si sévère que je n’ose pas faire un pli. Peut-être a-t-elle été choisie par la petite princesse pour garder sa chambre. De ma part, elle n’a rien à craindre. Je préférerais nettement être au panier. J’ai appris que ça jasait de l’autre côté du mur.

Hier, ma maîtresse est rentrée avec un combishort fleuri. Un accident, qu’elle a dit. Elle l’a pris pour une tunique mais s’est retrouvée coincée au moment de l’essayage (mademoiselle n’essaie qu’à la maison, devant le miroir de sa chambre, le seul qui semble la comprendre selon elle). J’aurais aimé voir ça ! Elle s’était toujours jurée de ne jamais acheter ce genre de vêtement mais l’accident s’est transformé en porte-bonheur.

Il n’y a pas de hasard dans une boutique de vêtements, il n’y a que des rendez-vous. Plus ou moins chaperonnés par votre carte bancaire.

PS: Impossible pour l’heure de vous donner une description détaillée du combishort. Les vêtements de la petite princesse ne sont pas tous d’accord entre eux. Certains jurent qu’il est noir, d’autres vert. Ils ne s’accordent que pour dire qu’il est fleuri…