Les chroniques de mademoiselle·Les lettres de mon mohair

Déception… ultra-concentrée

Mademoiselle a quitté son ordinateur ce soir plus lessivée que moi. Elle m’a trouvé suspendu à l’un des crochets de la salle de bain, coincé entre un peignoir et un poncho à bouclettes d’un rare sans-gêne. Elle m’a attrapé, a soutenu mes points moribonds, ses yeux reflétant une profonde angoisse. malgré l’écrasante chaleur qui l’invite à éviter les grosses mailles et les hommes particulièrement duveteux ces derniers jours, elle m’a glissé sous son bras puis est retournée lire le mail qui était affiché sur son écran.

« Chère plume,

Merci pour les articles que vous avez rédigés dans notre magazine santé. Malheureusement, nous n’avons pas atteint les résultats escomptés et la création du second magazine est reportée d’un an. Bien à vous. »

Mademoiselle était si motivée qu’elle avait préparé une longue liste de sujets fitness et nutrition en vue du lancement d’un nouveau magazine par son agence. Adieu lessive pour linge délicat, baume hydratant et savon au miel…

Avec quoi allons-nous entretenir nos fibres et sa flamme ?

Dans notre valise·Ma vie de penderie

Les plaisirs régressifs du combishort

Le combishort frétille. Il se voit déjà en haut de l’affiche. Personne ne va oser le contredire. Pour l’instant, mademoiselle parle de le porter tout le temps et d’acheter d’autres combis. Sur ses jambes, elle met une crème nacrée qui fait la peau douce, halée et scintillante. Rien que pour lui ! Et moi, à quoi ai-je droit ? Se parfume-t-elle avant de m’enfiler ? Se tartine-t-elle le buste de baume pour adoucir notre contact ? Pensez-vous ! La seule chose que ce combi et moi avons en commun est le prix. Nous sommes des vêtements considérés comme « abordables ». Nos marques sont peu prestigieuses. je viens de Monoprix, il sort de chez Jennyfer. Mademoiselle a eu beau écrire sur la couture et le prêt-à-porter durant quelques années, elle ne tombe réellement en amour que pour des vêtements pas chers. Un petit détail, une couleur… et nous voici dans son coeur, à nourrir son imagination. Je la vois dans son combishort à perfectionner certaines postures de yoga pour mieux observer ses fesses. Il a réussi un exploit que je n’ai pas renouvelé ces dernières années: il a réveillé en elle la petite fille idolâtrant Punky Brewster et la jeune fille romantique qui se pâmait encore récemment devant un épisode d’Orgueil et Préjugés.

Mon mohair a vraiment du Darcy à se faire…

Dans notre valise·Les chroniques de mademoiselle·Ma vie de penderie

London Bridge

London Bridge will not fall down!

Cet été, mademoiselle nous a emmenés travailler à Londres, comme il le lui arrive parfois. J’ai essuyé la pluie sur ce pont début août sans me douter que quelques mois plus tard les mailles d’autres passants y essuieraient larmes et sang. Aujourd’hui, j’ai la maille serrée et le désir d’en découdre avec l’injustice qui frappe nos pays mais je me sens terriblement impuissant, si petit face aux évènements.

I see no bravery in these attacks.

 

Joutes vestimentaires·Ma vie de penderie

Sous le même toit

La princesse aux pieds nus est malade. Son nez coule, son front brûle, ses jambes tremblent. Elle vient de me déposer sur le lit de sa mère comme si je ne m’étais qu’égaré en sa chambre de rose colorée. Cela va m’épargner quelques vilains jets de glaires et autres éclaboussures de morve.

Je ne m’en tire pas trop mal, n’est-ce pas ?

Avec un peu de chance, mademoiselle me jettera en haut du placard avec le reste des vêtements à trier. Depuis qu’elle et monsieur ont entamé leur procédure de divorce, ils habitent à nouveau sous le même toit. Cherchez l’erreur… Une histoire de finances, qu’ils disent. De crédit, de banque… L’un des voisins est dans la même situation. Avec son accent russe inimitable, il appelle cela « le divoorce du paauvre ». En attendant que leurs avocats viennent à bout de la paperasse, ce sont nos mailles qu’ils poussent à bout, nous jetant par-ci, par-là. Pourquoi ranger dans la contrainte, semblent dire leurs gestes, alors que bientôt ils pourront déranger par leur indépendance retrouvée ?

En attendant, je m’en vais faire connaissance avec le nouveau combishort de mademoiselle.

Mes amitiés à vos garde-robes !

Ma vie de penderie

Il n’y a pas de hasard

Chers lecteurs, veuillez, je vous prie, excuser ce silence.

J’ai passé ces dernières nuits sur le corps d’Annie, 36cm. C’est plus reposant que de couvrir une vraie femme durant son sommeil mais les jouets sont quelque peu impersonnels. Et puis, un jouet, ça ne rêve pas. Ou si peu. Ca manque terriblement d’inspiration, un jouet. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on a inventé les enfants. Sans eux, les jouets ne sauraient pas quoi faire de leurs journées. Les yeux d’Annie me glacent. Ils restent ouverts toute la nuit. Son air est si sévère que je n’ose pas faire un pli. Peut-être a-t-elle été choisie par la petite princesse pour garder sa chambre. De ma part, elle n’a rien à craindre. Je préférerais nettement être au panier. J’ai appris que ça jasait de l’autre côté du mur.

Hier, ma maîtresse est rentrée avec un combishort fleuri. Un accident, qu’elle a dit. Elle l’a pris pour une tunique mais s’est retrouvée coincée au moment de l’essayage (mademoiselle n’essaie qu’à la maison, devant le miroir de sa chambre, le seul qui semble la comprendre selon elle). J’aurais aimé voir ça ! Elle s’était toujours jurée de ne jamais acheter ce genre de vêtement mais l’accident s’est transformé en porte-bonheur.

Il n’y a pas de hasard dans une boutique de vêtements, il n’y a que des rendez-vous. Plus ou moins chaperonnés par votre carte bancaire.

PS: Impossible pour l’heure de vous donner une description détaillée du combishort. Les vêtements de la petite princesse ne sont pas tous d’accord entre eux. Certains jurent qu’il est noir, d’autres vert. Ils ne s’accordent que pour dire qu’il est fleuri…
Joutes vestimentaires·Les lettres de mon mohair

Une seconde vie ?

La mite ! Je hais cette fille ! Tandis que je fais maille de compatir à son divorce (qui, au passage, va passablement diminuer la qualité de mes soins en cette demeure), que je lui laisse un peu de place dans ce journal, que  je m’étire pour couvrir ses fesses quand elle passe trop près d’un homme alléchant, que je me range seul tous les soirs dans la plus grande discrétion, que je m’efforce de ne plus bailler depuis qu’elle se plaint de la chute de ses seins, elle me trahit comme l’ingrate ronge-laine qu’elle fut jadis. Parfaitement ! Vous avez bien lu ! Vous dîtes ? Oui, elle trie sa garde-robe pour savoir desquelles de nos mailles elle va également divorcer. Vous pouvez répéter ? Non, elle ne m’a pas jeté, cette fois. Elle a décidé de m’offrir un sort autrement plus pervers. Elle m’a confié aux bons soins de la princesse aux pieds nus qui découpe pulls et chaussettes esseulées pour confectionner des couvertures pour poupées.

Les chroniques de mademoiselle·Les lettres de mon mohair

Les chroniques de mademoiselle : Ecoute-moi bien, Nathalie Rykiel (Editions Stock)

Elle écrit pour elle, Nathalie Rykiel, pour Sonia, à qui elle s’adresse tout au long de ce récit mais aussi pour le lecteur, avec beaucoup de générosité de coeur.

Elle écrit de cette écriture dense qu’emploient ceux qui ont peur de ne pas avoir le temps de tout exprimer, faisant écho à nos angoisses d’enfants. Ecoute-moi bien, disait la mère. Ecoute-moi bien, dit aujourd’hui l’enfant. Ecoute-moi bien car je vais te dire tout ce que je n’ai pas pu te dire avant. De ton vivant. C’est dans cette langue pressée que Nathalie Rykiel parle à sa maman de leur passé pour mieux lui dire qu’elle est prête à aller de l’avant. C’est beau, c’est touchant. Nathalie ne ponctue pas, ou très peu, le récit de ses souvenirs. Il ne faudrait pas qu’une virgule lui fasse perdre du temps, ne détourne l’attention si fragile de Sonia de ses mots d’enfant encore meurtrie. « … dis, quand reviendras-tu, maman. » n’appelle pas à l’interrogation. Nathalie sait que Sonia n’est plus mais qu’elle la gardera toujours près d’elle.

La part de Sonia qui est en Nathalie ne sera jamais complaisante. C’est peut-être là une façon de la garder vivante. On sent l’auteur plus libre mais pas libérée et on se surprend à comprendre qu’il en va de même pour nous, pauvres enfants de nos incroyables parents.

J’ai terminé le livre à bout de souffle, sans me rendre compte que le soleil brûlait mes épaules. J’ai traversé le bar en titubant légèrement, enivrée par la chaleur et ma lecture. Encore quelque peu aveuglée, j’ai distinguée deux silhouettes féminines sur ma droite. Quand je suis sortie des toilettes, je me suis retournée sur un éclat de rire. Celle qui riait portait un pull rayé de plusieurs couleurs. Les yeux plissés, j’ai cru un instant que c’était un pull Sonia Rykiel.